Ano hana : de la mort à la vie

Anohana - OP - Large 01

Ano hi mita hana no namae wo bokutachi wa mada shiranai – abrégé en Ano hana – série en 11 épisodes diffusée dans la case noitaminA pendant ce printemps, vient tout juste de se terminer. Plutôt que de revenir sur l’ensemble de l’oeuvre, qui a engendré des « débats » engagés au cours de sa diffusion, notamment à propos de sa forme, j’aimerai aborder sa thématique de fond qu’est le deuil d’une personnage proche, avec ses difficultés, ses étapes, et sa nécessité pour pouvoir aller de l’avant.

Bien entendu la lecture de cet article est à vos risques et périls, si vous êtes en train, ou comptez voir la série, je vous invite donc à la plus grande précaution.

Le deuil et ses étapes

Le processus du deuil, après la mort d’une personnage proche, a pour but de surmonter cet évènement difficile pour pouvoir l’accepter et continuer à vivre malgré le changement radical qu’il implique dans la vie de quelqu’un. Chaque personne affectée traverse et réalise cette phase à une vitesse et une manière différentes, mais les travaux d’Elisabeth Kübler-Ross ont établi cinq étapes caractéristiques : le choc, la colère (et la culpabilité), le marchandage, la dépression et l’acceptation, par lesquelles passent chaque individu lors de son deuil. Cela a également une influence au niveau des relations sociales, qui peuvent se voir modifiées grandement.

Il n’est pas rare qu’une personne alterne entre ces étapes, dans des périodes de progression/régression, jusqu’à aboutir au stade final d’acceptation, ou à l’inverse saute des étapes, le modèle n’étant qu’une représentation générale du processus. Il est cependant intéressant pour mieux comprendre ce que peuvent traverser les personnes affectées, et me servira de base pour les personnages d’Ano hana.

Le temps s’est arrêté

En effet, au début de la série, on retrouve un panel de personnages qui, depuis la mort de Menma il y a 10 ans, sont restés bloqués dans le passé et dans ce processus de deuil, de façon plus ou moins affichée. Ainsi, Jintan est un hikikomori complet, Yukiatsu – malgré son apparence de premier de la classe – conserve dans son placard de quoi se travestir en Menma, Anaru fréquente des ami(e)s superficiel(le)s bien loin de son caractère habituel, Poppo a fait le tour du monde pour fuir le lieu du drame, et Tsuruko rumine toujours sa jalousie envers Menma et Anaru.

La série révèlera au fur et à mesure les raisons de leurs situations, les sentiments non-résolus qui entrainent ce blocage dans le processus : Jintan, Yukiatsu, Anaru culpabilisent à cause des conséquences tragiques de ce qu’ils ont dit/fait ce jour-là, Tsuruko en raison de ses sentiments envers Menma, et Poppo en raison de son impuissance, le dernier épisode suggérant qu’il a été le seul à assister à la mort de Menma près de la rivière.  Ils ont de plus arrêté de se fréquenter, et on retrouve bien là la modification du comportement social cité plus haut.

Même en dehors du groupe, on constate que Menmaman est dans la même situation, continuant à offrir du curry à Menma, et ignorant plus ou moins l’évolution de son fils, dans une phase de résignation assez proche du déni pur et simple.

Le surnaturel en aide

Pour arriver à sortir de ce cercle infernal, il peut être nécessaire de recevoir une assistance psychologique, de partager ce que l’on ressent avec d’autres, afin de faire ressortir les raisons de son mal-être et s’en débarrasser. Dans la vraie vie, on se confie en général à un psychologue, ou à sa famille, ses proches. Dans Ano hana, le surnaturel prend la place de ce médiateur, en la personne du fantôme tangible de Menma adolescente. Son apparition coïncide de ce fait avec la reprise du processus de délivrance des personnages, dix ans après.

Cela ne se fait pas facilement, bien entendu, mais on peut observer petit à petit l’évolution positive qu’entraine la présence de Menma : le groupe se reforme, sous le prétexte de réaliser le souhait inachevé de la jeune fille,  et collabore en jouant à Nokemon ou en essayant de lancer une fusée d’artifice géante. Bien que cette reformation soit artificielle au départ (personne ne croyant à ce que raconte Jintan à propos de Menma), elle entraîne tout de même une série d’évènements les mettant face à la réalité, et au ridicule, de leurs situations : la scène où Yukiatsu se travestit pour tromper Jintan en est un bon exemple. Cela les amène aussi à partager entre eux ce qu’ils ressentent vraiment, tous ces non-dits qui les ont affectés psychologiquement pendant toutes ces années, que ce soit des sentiments positifs tels que l’amour, ou négatif tels que la jalousie.

Une scène a particulièrement retenu mon attention dans cette idée de Menma psy. Lorsque Jintan lui propose de rester avec lui, sous cette forme, elle refuse directement. Sous prétexte de réincarnation, et alors que Jintan balance entre le déni et l’acceptation, le message qu’elle lui fait passer ici est clair :  rester dans le passé n’est pas la solution, et s’il veut la retrouver, il doit accepter sa mort, accepter que ce n’est pas de sa faute, et passer à autre chose.

L’action de Menma est également indirecte. La reprise d’activité des chou heiwa busters va impliquer sa famille, et les mots de Satoshi envers sa mère (« est-ce que tu sais quelle taille je fais ? ») vont être un déclencheur chez elle.

La résilience

L’épisode final est aussi la fin du chemin intérieur de chacun de nos personnages, aboutissant à leur délivrance du traumatisme laissé par la mort de Menma. La thérapie de groupe de la première partie achève de laisser derrière eux tous ces sentiments négatifs, et la seconde partie en forme d’adieu marque le passage d’une expérience douloureuse à un souvenir heureux : Menma les aime, ils aiment Menma et s’en souviendront pour toujours, non pas en étant triste mais en se remémorant tous les moments agréables passés avec elle.

La partie de cache-cache est assez révélatrice ici : Jintan dit « si on ne te trouve pas, ce ne sera jamais fini » quand il ne la voit plus, sous-entendant qu’ils doivent tous la voir une dernière fois et lui dire ce qu’ils ressentent pour pouvoir achever leur deuil. Le « trouvé ! » crié en coeur en est le point final, l’acceptation et la délivrance sont totales.

Ainsi, il marque la fin du deuil et le début de leur « nouvelle vie », dont on aperçoit quelques bribes à la toute fin, avec notamment l’apparition chez Jintan de cadres contenant des photos de leurs jeunes années, et son retour au lycée.

Bien que cette thématique du deuil ne soit pas nouvelle, et que l’on puisse reprocher à Ano hana quelques problèmes de construction (notamment sur la fin, où les évènements auraient pu être répartis de façon plus harmonieuse), la série fait pour moi un travail remarquable dans l’expression de ce cheminement que l’on traverse après la perte de quelqu’un de cher. Les personnages et leur évolution progressive sont crédibles, touchants, et si on apporte en plus l’expérience et le vécu en rapport avec ce qu’ils traversent, la série ne manquera pas de faire mouche chez vous.

En complément, je vous propose d’écouter l’hebdoSkouetch n°5, dans lequel nous abordons la série de façon plus large avec Tetho, mti-i et Tinky.

Toutes les images proviennent du site random curiosity

Ces articles peuvent également vous intéresser :

You can leave a response, or trackback from your own site.

9 Responses to “Ano hana : de la mort à la vie”

  1. Aer dit :

    Pas mal.

    Je ne connais pas trop les travaux de Mme Kübler-Ross, mais je suppose que les étapes sont surtout plus ou moins marquées selon la distance que l’on a avec la personne/l’évènement. Evidemment, dans la série, la distance entre les personnages est très réduites.

    • Tabris dit :

      Certainement, il est évident que la relation plus ou moins proche avec la personne décédé est un facteur important dans la durée et la transition du deuil. Ici les personnages l’étaient particulièrement, du coup les émotions et les réactions sont plus intenses

  2. Oyashiro dit :

    J’avais beaucoup aimé la manière dont la série avait traité les personnages secondaires, ils passent dans un premier temps pour des personnes ayant trouvés un équilibre dans la vie et sont passé à autre chose, alors qu’en remuant un peu, ils étaient tous au moins aussi atteint que lui.

    Le concept de la jeunesse perdu de Jintan m’avais également touché au début, alors qu’il été au *paroxysme* de sa vie lors de sa petite enfance, pour au final se voir dépouiller de tout a cause d’u accident, une vrai déchéance. J’ai beaucoup aimé la manière dont il a petit a petit recollé les morceaux au fil des épisodes.

    Je ne peux donc que plussoyer cet article o/.

  3. YllwNgg dit :

    J’ai adoré cette série. Il est rare que le deuil soit abordé avec autant de brio, a fortiori dans l’animation japonaise. Bref, j’ai jamais autant chialé devant un anime, et c’est plutôt bon signe, moins parce que ça remuait des choses que j’avais pu vivre, mais surtout parce que c’est très bien construit. Il me semble que les travaux de Kübler-Ross s’intéressait avant tout à l’acceptation de la maladie incurable qu’au deuil en lui-même (cf. je sais plus quel épisode de Scrubs).

  4. Caziro dit :

    C’est très beau la naïveté, je suis touché par l’article, je pense pas que ce soit le but à la base, mais soit…

    Ça ne change absolument pas mon avis sur la série, cela dit…

  5. Tinky dit :

    C’est tout de même fort de dire que ce dont parle Tabris dans son article n’est pas la thématique d’Ano Hana. Personnellement j’appelle ça de la mauvaise foi, parce que tu refuses d’admettre que la série a plutôt bien réussi son coup là-dessus.

  6. [...] Je n’oublierai pas que je ne connais toujours pas le nom de cette fleur que j’ai vu ce jour d’été. [...]

  7. [...] des défauts à mes yeux.Ano Hana, maintes fois sujet à polémique, mais qui m’a marqué par sa thématiqueFate/Zero, dont on attend la seconde partie avec impatience et qui me réconcilie avec [...]

Leave a Reply

Powered by WordPress